Rentrer à la maison ? Ne soyez pas trop pressés de sortir les confettis ! Vous risquez de découvrir que la réalité est bien plus complexe et déconcertante que prévu, avec un (long) chemin de réadaptation et de compromis. Dans cet article, on débroussaille ensemble ce drôle de moment d’une carrière internationale.
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Les grands malentendus pour (ne pas) réussir son retour d’expatriation
Le Baromètre Expat Communication 2022 montre que 56% des expatriés jugent le retour plus difficile que le départ, et 70% le considèrent comme difficile ou très difficile. Parce que derrière la carte d’embarquement du retour se cache un mélange d’émotions, de doutes et d’attentes, aussi bien pour vous que pour votre famille et vos amis qui vous accueillent à nouveau.
Quand « rentrer à la maison » rime avec « se retrouver ailleurs »
Retourner dans votre pays d’origine après plusieurs années à l’étranger est loin d’être aussi simple que de rentrer dans votre ancien quartier et de trouver vos repères. Bien que votre pays d’origine soit, techniquement, votre « chez vous », en tant qu’expatriés vous découvrez que vous n’êtes plus tout à fait les mêmes, et que votre pays lui-même a changé : culturellement, technologiquement, et même dans ses dynamiques de travail. C’est un peu comme si vous rentriez dans une vieille maison… mais que les murs avaient bougé et que les meubles avaient été réarrangés.
Le « choc culturel inversé » est une réalité de la repatriation qui est bien documentée. C’est cette sensation étrange d’être comme le personnage de E.T., sauf que personne ne vous apporte de vélo pour vous aider à repartir chez vous ! Contrairement à l’excitation qu’on pourrait imaginer au début, beaucoup d’expatriés font face à un retour difficile à cause du décalage entre l’ancienne image qu’ils avaient de leur pays et la réalité d’aujourd’hui. C’est une transition qui peut être aussi déroutante que celle vécue à l’arrivée dans le pays qui vous avait accueilli lors de votre départ.
Pour certains habitués de la mobilité internationale, la nostalgie de l’expérience vécue à l’étranger peut mener à une sorte de regret. C’est cette fameuse sensation de ne plus avoir de « place » dans un environnement qui a continué à évoluer sans vous.
La réadaptation émotionnelle et la « perte d’identité »
L’idée qu’une expatriation est une « parenthèse » qui doit se refermer pour que la vie reprenne comme avant est courante. Vous ne pouvez pas reprendre exactement là où vous vous êtes arrêtés. Ce qui existait « avant » n’est plus. C’est vrai pour vous, votre conjoint et vos enfants.
Se sentir comme un étranger dans votre propre pays passe par des petites choses comme l’accent que vous avez peut-être pris ou les nouvelles expressions locales qui vous échappent. Mais c’est souvent plus subtil. Votre vision du monde a changé, vous avez évolué, et en retour, vous vous retrouvez face à une version de vous-même qui ne colle plus tout à fait avec l’image que vous aviez de votre ancienne identité. Le défi ici ? Accepter cette nouvelle version de vous-même, et trouver une façon de la réconcilier avec les attentes de votre entourage, qui vous voit parfois comme la même personne qu’avant. Vous aurez alors peut-être besoin d’aide pour vous réapproprier cette évolution sans renier ce que vous étiez.
Le paradoxe de l’isolement social post-retour
Près de la moitié des expatriés de retour ont passé plus de 10 ans à l’étranger (Baromètre Expat Communication 2024), vous en faîtes peut-être partis. Vos parents, vos amis, vos anciens collègues… chacun veut sa part de vous et semble oublier que vous n’êtes pas une machine à répondre à des demandes une fois les cartons du déménagement rangés. Cette bataille avec les attentes n’est probablement ce à quoi vous vous attendiez.
D’autant que les amis et votre vie sociale ont évolué, les collègues aussi, et vous, vous êtes devenu une sorte d’ovni qui débarque après une mission sur la Lune. Les habitudes, les attitudes, tout a changé, et vous avez l’impression d’être déconnecté de cette culture que vous pensiez connaître sur le bout des doigts. Cela peut générer un sentiment de solitude. Parce que, soyons honnêtes, les retrouvailles ne se passent pas toujours comme dans les films. Dans votre réadaptation sociale, vous allez avoir besoin de retrouver vos repères, de réactiver des liens locaux. De rétablir des ponts entre la version locale et la version internationale de vous-même. De retrouver une nouvelle stabilité, de concilier les deux en tirant parti de ce que vous avez appris lors de votre mobilité internationale. Comment retrouver vos racines sans perdre votre nouvelle perspective ? Retrouver son réseau, c’est comme essayer de rallumer un vieux téléphone : ça prend du temps, et parfois, ça ne capte plus du tout !
Les difficultés professionnelles spécifiques au retour
La tension entre hier et aujourd’hui
Bien que vous arriviez riches d’expérience et de nouvelles compétences, vous êtes souvent confrontés à un environnement professionnel qui vous perçoit encore comme vous étiez avant votre départ. Et c’est là qu’une des plus grandes difficultés survient : reconquérir une place locale en entreprise.
Vous pouvez, par exemple, revenir avec une vision différente de la gestion d’équipe, du leadership, ou des méthodes de travail. Vos missions à l’international vous ont peut-être amenés à penser plus globalement, à adopter de nouvelles approches collaboratives ou à cultiver une perspective plus internationale sur le business. Mais la réalité de votre entreprise, vos collègues et votre hiérarchie, peuvent ne pas être prêts à accepter ce changement.
Changer de pays peut vous donner du mal à prouver que les compétences acquises à l’étranger sont pertinentes localement. C’est le cas de 30 % des expatriés, qui déclarent avoir du mal à valoriser leurs compétences acquises à l’étranger (Baromètre Expat Communication 2024).
Un environnement organisationnel figé
Rien de plus frustrant que de revenir dans une entreprise qui semble figée dans le temps… Après avoir vécu des années dans un environnement plus agile, plus dynamique, vous arrivez dans une structure où le changement est lent comme un escargot sous calmants.
Vous voulez faire bouger les choses, mais vous sentez que vous êtes coincé dans un cercle de résistance. Ce moment où vous vous dites : « Comment ai-je pu trouver ça normal ? » L’un de mes clients que j’appellerai David, rentré de Singapour, l’a réalisé dans la douleur, parce qu’en réunion, il commençait ses phrases par « Quand j’étais à Singapour… », persuadé que cela montrait son expertise. Et un de ses collègues a fini par lui dire, un peu gêné : « Tu sais, t’es plus là-bas… on a parfois l’impression que tu te la racontes. » Ce qu’il pensait valoriser passait pour de l’arrogance.
Dans une perspective plus positive, vous adopterez peut-être un rôle de « pionnier », pour faire avancer des projets d’internationalisation ou d’accompagnement à l’adaptation de pratiques venant de l’étranger. C’est un défi intéressant de leadership et d’influence au sein de votre réseau professionnel.
La réévaluation de votre carrière à long terme
De retour d’expatriation, oui, mais avez-vous réellement réfléchi à la direction que vous souhaitez donner à votre carrière internationale maintenant que vous avez vécu cette expérience à l’étranger ? Parce qu’il ne s’agit pas seulement de (re)trouver un poste. Il s’agit de comprendre si ce retour est un véritable renouveau ou un retour à la case départ dans votre parcours professionnel.

Les 5 piliers d’une réintégration réussie
1. Anticiper votre retour dès l’expatriation
La réussite du retour se joue… avant le retour ! Trop souvent, cette étape est gérée dans l’urgence, avec un « on verra bien » qui vire au « on n’avait pas prévu ça ». Or, préparer le retour, c’est réduire le risque de désillusion. Cela passe par une communication transparente sur les perspectives à l’issue de la mission ou du contrat, un diagnostic de vos attentes (et de celle de votre famille) avec les RH, et par une sensibilisation aux défis du retour pour les expatriés. Logement, assurance, sécurité sociale, mutuelle, permis de conduire, scolarité des enfants, formalités administratives… Vous trouverez sur Internet de nombreuses checklists sur les démarches à anticiper avant le retour, des listes de contacts administratifs utiles et des écoles bilingues pour vos enfants.
2. Valoriser votre expérience internationale
Au-delà du tampon sur un passeport, votre expatriation est un concentré de compétences interculturelles, d’agilité, de leadership… que votre entreprise aurait tort de laisser dormir dans un « placard », même doré. À vous de jouer dans votre nouveau poste : ateliers de partage d’expérience, mentorat pour bien manager des équipes à l’international, restitution auprès des équipes, intégration dans des projets transverses… Les outils ne manquent pas pour transformer l’expérience du retour en levier de performance collective.
3. Combiner réintégration professionnelle et personnelle
Le retour, c’est parfois la double peine : il faut retrouver sa place au bureau, mais aussi recoller les morceaux dans votre vie perso.
Reprendre une vie « normale » prend du temps. L’une de mes toutes premières clientes, que j’appellerai Laura est revenue d’Irlande avec sa famille et croyait que tout allait se remettre en place comme un Tetris bien huilé. Mais elle a passé les premiers mois de son retour à faire des papiers et à gérer le choc de ses enfants qui regrettaient leur école à Dublin. Elle a compris que revenir demande souvent autant d’énergie que de partir.
D’autant que vous n’êtes pas seuls à éprouver des difficultés de réinsertion professionnelle au retour : votre conjoint également ! Seuls 15 % des conjoints suiveurs en recherche d’emploi retrouvent un poste dans les six mois suivant le retour (Baromètre Expat Communication 2024). Parce que pendant l’expatriation, il ou elle a mis sa carrière entre parenthèses ou occupé des postes en dessous de ses qualifications ou exercé des activités entrepreneuriales ou bénévoles dans des associations, souvent par nécessité plus que par choix. Certains voient même cette période comme un « trou » dans leur parcours et dans le CV, et se demandent comment le justifier sur le marché du travail.
Le point positif : une expérience à l’étranger nécessite une grande capacité d’adaptation face aux défis, à l’incertitude et aux situations stressantes. En revenant, vous (et votre famille) avez développé des outils pour gérer le stress, la pression et l’adversité, que vous pouvez maintenant appliquer dans votre pays d’origine, tant dans votre vie professionnelle que personnelle.
4. Redécouvrir vos racines
Votre retour peut offrir l’opportunité de redécouvrir votre pays sous un autre angle. Après une période à l’étranger, vous avez probablement une vision différente de votre culture d’origine, ce qui peut vous amener à redécouvrir des aspects que vous aviez peut-être ignorés ou sous-estimés. Vous pouvez vous reconnecter à vos racines, trouver de nouvelles manières de contribuer à votre société, et même vous engager dans des projets sociaux ou culturels qui résonnent avec votre expérience internationale et votre nouvelle identité sociale. Ce retour peut aussi offrir des opportunités de bénévolat ou de mentorat qui enrichissent votre parcours personnel.
5. En bonus selon votre profil
Si vous étiez cadres missionné(s) : transformer l’expérience en leadership
Vous pouvez intégrer votre expertise interculturelle dans les processus décisionnels locaux en analysant les écarts entre les procédures pré-expatriation et les réalités actuelles, ou en proposant une synthèse opérationnelle des bonnes pratiques observées à l’étranger, en les contextualisant aux enjeux actuels de l’entreprise (ex : comment transposer un modèle de gestion de crise testé en Asie vers la France).
Pour les conjoints accompagnateurs : valoriser l’expatriation
Sans forcément penser bilan de compétences ou reconversion professionnelle, vous pouvez transformez vos compétences informelles acquises à l’étranger en certifications reconnues, par exemple en médiation interculturelle (diplôme universitaire), en gestion de projets multiculturels (certification PMI) ou en formation de formateurs en langue (label EduQua). Si l’entrepreneuriat social vous tente plus qu’une recherche d’emploi, vous pouvez créer une structure hybridant vos expériences, par ex : un « café bilingue » associant cours de langue et vente de produits équitables importés.
6 questions de coaching à méditer pour réussir son retour d’expatriation
Au retour, un accompagnement de type coaching peut vous aider à accepter ce processus de réadaptation, à mieux comprendre vos aspirations, à redéfinir vos objectifs dans cette transition. Si vous revenez en poste, le coaching individuel aide à identifier les points de friction, à se reconnecter à la culture locale de votre entreprise tout en valorisant l’expérience internationale acquise. Il vous donne les clés pour trouver l’équilibre entre votre désir de changement et la réalité de l’entreprise. C’est une clé utile pour éviter le piège d’une réintégration passive, qui amène à de démotivation, qui débouche sur une démission.
Voici plusieurs questions pour vous aider à préparer votre retour d’expatriation :
- Qu’est-ce qui m’a motivé à partir, et à revenir ?
- Quelles valeurs et perspectives ai-je développées à l’étranger qui pourraient enrichir ma vie et ma carrière dans mon pays d’origine ?
- Quelles sont mes attentes personnelles et professionnelles vis-à-vis de mon retour ?
- Qu’est-ce qui va me manquer le plus de mon expérience à l’étranger, et comment puis-je continuer à nourrir cette part de moi à mon retour ?
- Quelle relation ai-je avec ma culture d’origine maintenant, et comment réintégrer ces racines tout en respectant l’évolution de ma propre identité ?
- Dans quelles situations ai-je peur de ne pas être compris ou de ne pas avoir ma place ?
En conclusion
Et voilà, le grand retour ! Vous pensiez que revenir chez vous serait aussi facile que de mettre la clé dans la porte et de retrouver vos vieilles habitudes ?
Le retour peut être déroutant, frustrant, et parfois même déstabilisant. Mais ce n’est pas pour autant une étape de régression ou de retour à la case départ.
Cette phase peut offrir une réelle opportunité à condition de savoir l’aborder avec lucidité et ouverture, en acceptant que tout ne sera pas exactement comme avant.
En résumé, ne vous précipitez pas à chercher à vous intégrer comme si vous n’étiez jamais parti.
Prenez le temps de redéfinir vos priorités, votre réseau social et votre système de soutien.
Et rappelez-vous, le retour n’est jamais une fin en soi, mais plutôt une étape vers quelque chose de nouveau.